Livre du prophète Daniel (27ème livre de la Bible)

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I n t r o d u c t i o n
En résumé ce livre nous présente quatre royaumes :
1. Le royaume de Babylone dans les chapitres 1 à 8
2. Le royaume des Mèdes et des Perses dans les chapitres 6, 9, 10, 11 et 12
3. La Grèce dans ces mêmes chapitres
4. L’empire romain également dans ces mêmes chapitres

Le royaume de Babylone est symbolisé dans la statue du chapitre deux ainsi que par les animaux du chapitre sept. Il y a d’un côté la tête d’or et de l’autre le lion portant des ailes d’aigles. Il est caractérisé par un pouvoir royal absolu. Sous ce règne, Jérusalem est prise et détruite. Le peuple est emmené en captivité à Babylone. Le royaume de Babylone a duré soixante-huit ans, soit dès l’an 608 à 538 av. J.-C.

Le deuxième royaume, celui des Mèdes et des Perses, est symbolisé dans la statue du chapitre deux par la poitrine et les bras d’argent. Au chapitre sept,il l’est par l’ours se dressant sur un côté et ayant trois côtes dans la gueule. Dans les animaux du chapitre huit, c’est ce bélier à deux cornes inégales. Ce royaume des Mèdes et des Perses est caractérisé par un pouvoir royal moins absolu que celui de Babylone. Il y a un déséquilibre des deux éléments constitutifs. Il y a une conquête dans trois directions. Dans ses relations avec Israël, Cyrus, roi des Mèdes et des Perses publie un édit ordonnant aux captifs de Juda de retourner en Palestine. Darius, fils d’Hystaspe et Artaxerxès dit Longue-Main, font reconstruire le temple et la ville de Jérusalem. Mais les Juifs ne retrouvent pas leur indépendance. Ce royaume s’étend de l’an 538 à 331 av. J.-C., soit deux cents sept ans.

Le troisième royaume est la Grèce, symbolisée au chapitre deux par le ventre et les cuisses d’airain. Au chapitre sept c’est le léopard ailé à quatre têtes et au chapitre huit c’est ce bouc ayant une grande corne entre les yeux. Ce royaume de la Grèce est caractérisé par une grande rapidité dans les conquêtes et par une domination plus étendue que les deux premiers royaumes. Puis l’empire sera divisé en quatre parties. Quant à ses relations avec Israël, la Palestine est envahie plusieurs fois et ravagée par les successeurs d’Alexandre le Grand. Le plus acharné est Antiochus Epiphane, roi de Syrie. Ce royaume dure de l’an 331 à 168 av. J.-C., soit cent soixante-trois ans.

Le quatrième et dernier empire est l’empire romain. Ce sont les jambes de fer et les pieds de fer et d’argile du chapitre deux. C’est la bête effrayante ayant de grandes dents de fer et des ongles d’airain, portant dix cornes, au chapitre sept. Cet empire romain est caractérisé par une force brutale, domination de fer s’étendant à l’orient et à l’occident. Cet empire sera reconstitué après la venue du Seigneur. Il le détruira lors de son apparition en gloire. Les Romains occupent la Palestine. Dans leurs relations avec Israël, ils prélèvent un tribu. Ils crucifient le Messie, détruisent la ville et le temple de Jérusalem et dispersent les Juifs dans le monde entier. Ce royaume dure de l’an 168 av. J.-C, jusqu’à la fin.

Remarquons encore que la durée de chaque royaume est proportionnée à la longueur des parties de la statue qu’ils représentent.

Chapitre 1

1 La troisième année* du règne de Jehoïakim, roi de Juda, Nebucadnetsar, roi de Babylone, vint à Jérusalem et l’assiégea; 2 et le Seigneur livra en sa main Jehoïakim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu, et il les fit apporter dans le pays de Shinhar, dans la maison de son dieu: il fit porter les ustensiles dans la maison du trésor de son dieu.

3 Et le roi dit à Ashpenaz, chef de ses eunuques, d’amener d’entre les fils d’Israël, et de la semence royale et d’entre les nobles, 4 des jeunes gens en qui il n’y eût aucun défaut, et beaux de visage, et instruits en toute sagesse, et possédant des connaissances, et entendus en science, et qui fussent capables de se tenir dans le palais du roi, — et de leur enseigner les lettres et la langue des Chaldéens. 5 Et le roi leur assigna, pour chaque jour, une portion fixe des mets délicats du roi et du vin qu’il buvait, pour les élever pendant trois ans, à la fin desquels ils se tiendraient devant le roi.
6
Et parmi eux il y avait, d’entre les fils de Juda, Daniel, Hanania, Mishaël, et Azaria; 7 et le prince des eunuques leur donna des noms: à Daniel il donna [le nom de] Belteshatsar, et à Hanania celui de Shadrac, et à Mishaël celui de Méshac, et à Azaria celui d’Abed-Nego. 8 Et Daniel arrêta dans son cœur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait; et il demanda au prince des eunuques [de lui permettre] de ne pas se souiller.
9
Et Dieu fit trouver à Daniel faveur et grâce auprès du prince des eunuques. 10 Et le prince des eunuques dit à Daniel: Je crains le roi mon seigneur, qui a prescrit votre nourriture et votre boisson; car pourquoi verrait-il vos visages plus tristes que ceux des jeunes gens de votre âge? Et vous exposeriez ma tête auprès du roi. 11 Et Daniel dit à l’intendant* que le prince des eunuques avait établi sur Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria: 12 Éprouve, je te prie, tes serviteurs dix jours, et qu’on nous donne des légumes à manger, et de l’eau à boire; 13 et on regardera, en ta présence, nos visages et le visage des jeunes gens qui mangent les mets délicats du roi; et tu agiras avec tes serviteurs d’après ce que tu verras. 14 Et il les écouta dans cette affaire, et les mit à l’épreuve, dix jours; 15 et, au bout de dix jours, leurs visages avaient meilleure apparence et étaient plus gras* que ceux de tous les jeunes gens qui mangeaient les mets délicats du roi. 16 Alors l’intendant ôta leurs mets délicats et le vin de leur boisson, et leur donna des légumes.
17
Et à ces jeunes gens, aux quatre, Dieu donna de la science et de l’instruction dans toutes les lettres et dans toute la sagesse; et Daniel avait de l’intelligence en toute vision et dans les songes. 18 Et, à la fin des jours où le roi avait dit de les amener, le prince des eunuques les amena devant Nebucadnetsar; 19 et le roi parla avec eux, et entre eux tous il n’en fut trouvé aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria; et ils se tinrent devant le roi. 20 Et dans toutes les choses qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence*, au sujet desquelles le roi les interrogea, il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins** [et] enchanteurs qui étaient dans tout son royaume. 21 Et Daniel fut là jusqu’à la première année du roi Cyrus.*
v. 1: date: A.C. 607. / v. 11: ou: à Meltsar. / v. 15: litt.: gras de chair. / v. 20*: litt.: toute chose de sagesse d’intelligence. / v. 20**: ou: scribes, comme Genèse 41:8, 24. / v. 21: date: A.C. 536.

Chapitre 2

1 Et en la seconde année du règne de Nebucadnetsar,* Nebucadnetsar songea des songes, et son esprit fut agité, et son sommeil le quitta. 2 Et le roi commanda d’appeler les devins, et les enchanteurs, et les magiciens, et les Chaldéens, pour exposer au roi ses songes; et ils vinrent et se tinrent devant le roi. 3 Et le roi leur dit: J’ai songé un songe, et mon esprit est agité pour connaître le songe. 4 Et les Chaldéens dirent au roi, en syriaque*: Ô roi, vis à jamais! Dis le songe à tes serviteurs, et nous en indiquerons l’interprétation. 5 Le roi répondit et dit aux Chaldéens: La chose est par moi prononcée: si vous ne me faites pas connaître le songe et son interprétation, vous serez mis en pièces, et vos maisons seront réduites en tas d’immondices; 6 mais, si vous indiquez le songe et son interprétation, vous recevrez de ma part des dons, et des présents, et de grands honneurs. Indiquez-moi donc le songe et son interprétation. 7 Ils répondirent pour la seconde fois et dirent: Que le roi dise le songe à ses serviteurs et nous en indiquerons l’interprétation. 8 Le roi répondit et dit: Je sais très-certainement que vous voulez gagner du* temps, parce que vous voyez que la chose est par moi prononcée; 9 or, si vous ne me faites pas connaître le songe, il y a un seul et même décret pour vous; car vous avez préparé une parole mensongère et perverse pour la dire devant moi, en attendant que le temps ait changé. C’est pourquoi, dites-moi le songe, et je saurai que vous pouvez m’en indiquer l’interprétation. 10 Les Chaldéens répondirent devant le roi et dirent: Il n’existe pas un homme sur la terre qui puisse indiquer la chose que le roi demande*; c’est pourquoi aucun roi, quelque grand et puissant qu’il fût, n’a demandé chose pareille d’aucun devin, ou enchanteur, ou Chaldéen; 11 et la chose que le roi demande est difficile, et il n’existe personne qui puisse l’indiquer devant le roi, excepté les dieux*, dont la demeure n’est pas avec la chair.
12
À cause de cela, le roi s’irrita et se mit dans une très-grande colère, et commanda de détruire tous les sages de Babylone. 13 Et un décret fut promulgué [portant] que les sages fussent tués; et on chercha Daniel et ses compagnons, pour les tuer. 14 Alors Daniel répondit avec prudence et avec sens à Arioc, chef des gardes du roi, qui était sorti pour tuer les sages de Babylone; 15 il répondit et dit à Arioc, le grand officier* du roi: Pourquoi ce décret est-il si rigoureux de par le roi? Alors Arioc fit connaître la chose à Daniel. 16 Et Daniel entra et demanda au roi de lui accorder du temps pour indiquer au roi l’interprétation.
17
Alors Daniel s’en alla à sa maison et fit connaître la chose à Hanania, Mishaël et Azaria, ses compagnons, 18 pour implorer, de la part du Dieu* des cieux, [ses] compassions au sujet de ce secret, afin que Daniel et ses compagnons ne fussent pas détruits avec le reste des sages de Babylone. 19 Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit. Alors Daniel bénit le Dieu des cieux. 20 Daniel répondit et dit: Béni soit le* nom de Dieu, d’éternité en éternité! car la sagesse et la puissance sont à lui, 21 et c’est lui qui change les temps et les saisons, qui dépose les rois et établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence: 22 c’est lui qui révèle les choses profondes et secrètes; il sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui. 23 Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que tu m’as donné sagesse et puissance, et que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé, nous ayant fait connaître la chose que réclame le roi*.
24
C’est pourquoi Daniel entra auprès d’Arioc, que le roi avait établi pour détruire les sages de Babylone; il alla, et lui parla ainsi: Ne détruis pas les sages de Babylone; conduis-moi devant le roi, et j’indiquerai au roi l’interprétation. 25 Alors Arioc fit entrer Daniel en hâte devant le roi, et lui parla ainsi: J’ai trouvé un homme, des fils de la captivité de Juda, qui fera connaître au roi l’interprétation. 26 Le roi répondit et dit à Daniel, dont le nom était Belteshatsar: Peux-tu me faire connaître le songe que j’ai vu et son interprétation? 27 Daniel répondit devant le roi, et dit: Le secret que le roi demande, les sages, les enchanteurs, les devins, les augures, n’ont pu l’indiquer au roi; 28 mais il y a un Dieu dans les cieux qui révèle les secrets et fait savoir au roi Nebucadnetsar ce qui arrivera à la fin des jours. Ton songe et les visions de ta tête, sur ton lit, les voici:
29
Toi, ô roi,… tes pensées, sur ton lit, sont montées [dans ton esprit], ce qui doit arriver ci-après; et celui qui révèle les secrets te fait savoir ce qui va arriver. 30 Et quant à moi, ce n’est pas par quelque sagesse qui soit en moi plus qu’en tous les vivants, que ce secret m’a été révélé: c’est afin que l’interprétation soit connue du roi, et que tu connaisses les pensées de ton cœur.
31
Toi, ô roi, tu voyais, et voici une grande statue*: cette statue était grande, et sa splendeur, extraordinaire; elle se tint devant toi, et son aspect était terrible. 32 La tête de cette statue était d’or pur; sa poitrine et ses bras, d’argent; son ventre et ses cuisses, d’airain; 33 ses jambes, de fer; ses pieds, en partie de fer et en partie d’argile. 34 Tu vis, jusqu’à ce qu’une pierre se détacha sans mains; et elle frappa la statue dans ses pieds de fer et d’argile, et les broya; 35 alors furent broyés ensemble le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or, et ils devinrent comme la balle de l’aire d’été; et le vent les emporta, et il ne se trouva aucun lieu pour eux; et la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui remplit toute la terre. 36 C’est là le songe, et nous en dirons l’interprétation devant le roi.
37
Toi, ô roi, tu es le roi des rois, auquel le Dieu des cieux a donné le royaume, la puissance, et la force, et la gloire; 38 et partout où habitent les fils des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux des cieux, il les a mis entre tes mains* et t’a fait dominer sur eux tous. Toi, tu es cette tête d’or. 39 Et après toi s’élèvera un autre royaume, inférieur à toi; puis un troisième [et] autre royaume, d’airain, qui dominera sur toute la terre. 40 Et le quatrième royaume sera fort comme le fer. De même que le fer broie et écrase tout, et que le fer brise toutes ces choses, il broiera et brisera. 41 Et selon que tu as vu les pieds et les orteils en partie d’argile de potier et en partie de fer, le royaume sera divisé; et il y aura en lui de la dureté du fer, selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse; 42 et quant à ce que les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d’argile, le royaume sera en partie fort et sera en partie fragile. 43 Et selon que tu as vu le fer mêlé avec de l’argile grasse, ils se mêleront à la semence des hommes, mais ils n’adhéreront pas l’un à l’autre, de même que le fer ne se mêle pas avec l’argile. 44 Et dans les jours de ces rois, le Dieu des cieux établira un royaume qui ne sera jamais détruit; et ce royaume ne passera point à un autre peuple; il broiera et détruira tous ces royaumes, mais lui, il subsistera à toujours. 45 Selon que tu as vu que, de la montagne, la pierre s’est détachée sans mains, et qu’elle a broyé le fer, l’airain, l’argile, l’argent et l’or, le grand Dieu fait connaître au roi ce qui arrivera ci-après. Et le songe est certain, et son interprétation est sûre.
46
Alors le roi Nebucadnetsar tomba sur sa face et se prosterna devant Daniel, et commanda de lui présenter une offrande et des parfums. 47 Le roi répondit et dit à Daniel: En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des rois, et le révélateur des secrets, puisque tu as pu révéler ce secret. 48 Alors le roi éleva Daniel en dignité, et lui fit beaucoup de grands dons, et l’établit gouverneur sur toute la province de Babylone, et grand intendant de tous les sages de Babylone. 49 Et Daniel fit une demande au roi, qui établit Shadrac, Méshac et Abed-Nego sur les services de la province de Babylone. Et Daniel [se tenait] à la porte du roi.
v. 1: date: A.C. 605. / v. 4: ou: araméen. / v. 8: litt.: acheter le. / v. 10: litt.: la chose du roi. / v. 11: chaldéen: Élah, ici, au pluriel, / voir la note à Esdras 4:24. Les chapitres 2:4 à 7:28 sont écrits en araméen et ont toujours: Élah. / v. 15: ou: chef des gardes. / v. 18: voir note verset 11. / v. 20: litt.: son. / v. 23: litt.: la chose du roi. / v. 31: ou: image / v. 38: ou: hommes, il a mis entre tes mains les bêtes des champs et les, etc.

Commentaires des chapitres 1 et 2

Chapitre 1 : Introduction. Décision de Daniel et réponse de Dieu
Chapitres 2 à 6
Le caractère des empires universels
Chapitre 2 : les quatre empires universels ; la vision humaine de Nébucadnetsar

Le livre de Daniel a deux parties : l’histoire des empires gentils commençant avec Nebucadnetsar, la tête d’or. Puis, en second lieu, une vision particulière de Daniel. Cette vision commence au chapitre sept. Elle signale l’état et les circonstances des saints en relation avec l’histoire plus amplement révélée de ces empires. Il est aussi question des jugements qui viennent les mettre tous de côté en faveur d’Israël. Mais Daniel arrive seulement à la porte du millénium sans en développer le sujet.

Le chapitre premier présente la position et le rôle de Daniel. Dans le deuxième, il y a le songe de Nébucadnetsar, qui consiste en une statue, et son interprétation. Le temps des nations commence.

Le livre de Daniel traite du temps où Israël, le peuple de Dieu est assujetti aux Gentils. La première chose présentée est l’accomplissement de la menace faite à Ezéchias en Es. 39, 6-7. Le trône de Dieu n’est plus à Jérusalem. La puissance et le royaume sont transportés au milieu des Gentils. Désormais Israël, en vertu du jugement de Dieu, n’est plus le peuple de Dieu. Ce peuple est transporté à Babylone. Il est en captivité. Cependant Dieu ne l’abandonne pas et approprie ses bénédictions à cet état quel qu’il soit. Il importait donc aux fidèles d’Israël de connaître l’histoire de la puissance des Gentils à laquelle le peuple de Dieu était assujetti. Il fallait connaître le caractère et la conduite de cette puissance et quelle serait la condition du peuple de Dieu sous son empire. Enfin quel serait l’effet de ces circonstances pour l’accomplissement des promesses faites à Israël. Dieu avait ainsi confié à des Gentils la puissance sur la terre. En tout cela, la gloire de Dieu est en vue et il importait aussi de connaître quelle serait la conduite des Gentils en rapport avec leur responsabilité quant au gouvernement de la terre. La conduite d’Israël était donc aussi en vue sous cette domination.

Les deux sujets principaux de ce livre sont donc 1) le caractère et la conduite des quatre monarchies qui remplissent la période appelée «le temps des Gentils», depuis le moment où Dieu s’est retiré de Jérusalem, où son trône a cessé d’y être, et où il a transféré aux Gentils la puissance impériale du monde jusqu’au moment du rétablissement de ce trône en Israël. 2) le rapport de ces nations avec Israël, son peuple, pendant la période où ces nations exercent la suprématie qui leur a été confiée.

En tout cela le chrétien est informé du train de ce monde, averti des choses qui ne se voient pas encore. Il s’en sépare, s’en éloigne. De plus il est tranquille et heureux et il ne sent pas le besoin de livrer son cœur au monde qui l’entoure car Dieu a d’avance ordonné quel en sera le cours et a révélé quelle en sera la fin. Nous sommes aussi heureux de ce que Dieu s’entretient avec nous. Il communique et nous sommes joyeux par cet entretien. Dieu nous parle. Que cela puisse fortifier notre foi et augmenter la sanctification de nos âmes de même que notre affermissement!

Les chapitres un à sixde ce livre renferment les songes du roi Nebucadnetsar ou les circonstances survenues au chef de l’empire. Nous y trouvons les grands principes généraux des monarchies des Gentils ou leurs histoires publiques dans ce monde communiquées prophétiquement à leurs chefs, manifestées dans leur conduite. Les six derniers chapitres renferment des communications faites au prophète lui-même. Elles révèlent non seulement les circonstances de l’histoire de ces empires, mais ce qu’ils sont aux yeux de Dieu, ainsi que les détails de leur rapport avec les Juifs et avec le culte célébré au milieu de ce peuple.

Il est intéressant de voir, au premier chapitre, ce qui caractérise Daniel et pourquoi il devient dépositaire des voies de Dieu pendant ce temps de la détresse et de la captivité de son peuple. C’est qu’il refuse de se souiller en mangeant la nourriture de ce monde. En répondant aux prières de Daniel, Dieu permet que lui et ses compagnons soient en meilleure santé que tous ceux qui s’accommodaient aux voies et à la nourriture de ce monde. En un mot Daniel est fidèle en ce qu’il constitue la séparation complète du monde selon la loi juive, et refuse de se nourrir des viandes de la table du monarque, conduite en apparence condamnable, mais Dieu répond pleinement à sa foi. Ce fait est donné comme base de l’introduction de toutes les révélations de ce livre. Il en est de même pour nous. C’est la séparation du monde qui nous permet de recevoir des communications de Dieu et c’est par la foi que Dieu nous fait comprendre les révélations données dans la Parole.

Remarquons que Daniel connaissait Dieu sous son caractère de «Dieu des cieux». Au ch. 2, 21, Daniel ne court pas vers le roi pour lui révéler le songe. Non, il se tourne d’abord avec action de grâces vers Dieu qui l’a exaucé. Et nous voyons qu’auprès du roi Daniel ne s’élève pas. Il se cache pour ainsi dire derrière la gloire de Dieu. C’est quand nous nous anéantissons complètement que nous sommes élevés. Car si Daniel disparaît, Dieu lui-même se manifeste en lui. Quant à l’interprétation du songe, peu de mots suffisent vu les lumières généralement répandues aujourd’hui sur ce sujet. Tous y reconnaissent les quatre grandes monarchies que sont celles de Babylone, des Mèdes et des Perses, des Grecs et de la romaine.

Au ch. 2, 37-38 c’est le Dieu des cieux qui donne à Nebucadnetsar une domination universelle, unique, absolue pour la terre et non sur les mers. Il ne nous est pas dit sur quelle échelle cela a été réalisé, mais le don en a été fait et cette monarchie est la première qui, à ce qu’il paraît, ait possédé cette puissance de la manière la plus pure et la plus absolue, c’est-à-dire directement de la part de Dieu. Elle était dans la personne de son chef, la tête d’or.

Le fer et l’argile, quatrième empire, montrait cet empire dur, mais partagé, résultat de l’union de l’empire avec des éléments hétérogènes. Il semble que cette argile, ce fer, étaient les barbares avec ce qui était proprement romain. Au sujet de cette pierre qui s’est détachée sans mains. remarquons que c’est uniquement après avoir exécuté le jugement qui brise et détruit la puissance des Gentils, que Christ établira son royaume qui remplira la terre, un royaume de justice et de paix, mais précédé par un grand jugement (ch. 2, 44).

Dans ces chapitres un et deux, il y a l’histoire des monarchies sans qu’elles soient caractérisées moralement devant Dieu et sans que leur conduite nous soit révélée. Les chapitres trois à six feront état de ces caractères moraux et de la conduite qui s’y rattache. Les traits qui en sont donnés peuvent déjà être relevés:

Premièrement : c’est l’idolâtrie à la puissance civile s’efforçant de soumettre le peuple à la loi d’une unité religieuse dont cette puissance a établi l’objet, savoir la statue d’or. Deuxièmement: c’est que les chefs de l’empire deviennent des bêtes, c’est-à-dire qu’ils perdent la conscience de leur relation avec Dieu au lieu d’être sous sa dépendance selon les lumières du pouvoir d’en-haut, ce qui est la seule vraie gloire de l’homme. Ayant perdu ces lumières, l’homme se place au rang des bêtes. Troisièmement: c’est l’impiété. Elle se montre dans la conduite de la puissance impériale envers les Juifs et le Dieu des Juifs dont ils déshonorent le nom ainsi que tout ce qui sert à son culte. Quatrièmement: c’est l’exaltation de l’homme, le chef de l’empire se faisant Dieu et défendant qu’on adresse des prières à d’autres qu’à lui seul.

Dans tous ces cas, l’histoire se termine par l’exaltation du vrai Dieu. Dans le premier cas, le Gentil reconnaît le Dieu de ceux qui ont préféré la fournaise à l’idolâtrie. Dans le deuxième, les Gentils eux-mêmes reconnaissent le Dieu des cieux qui les a abaissés, qu’ils marchaient dans leur orgueil, orgueil dont Babylone avait été le centre. Dans le troisième, le jugement est exécuté contre le roi impie. Dans le quatrième ce n’est pas seulement le Dieu des cieux qui est proclamé, mais sa puissance est établie avec autorité. Il est reconnu que son royaume est celui qui durera à toujours.

Daniel se distingue des autres prophètes en ce que son livre embrasse tout le temps des nations, c’est-à-dire la très longue période allant de la transportation à Babylone jusqu’au rétablissement futur d’Israël sous le règne de Christ.

La tête d’or est donc l’empire de Babylone, la poitrine d’argent le royaume Médo-Perse, le ventre et les cuisses d’airain l’empire grec d’Alexandre le Grand tandis que les jambes et les pieds représentent l’empire romain.

Nous distinguons deux classes de Gentils :
1. Ceux qui étaient ennemis des Juifs lorsque Dieu était avec eux sur la terre et les reconnaissaient
2. Ceux qui seront ennemis quand Dieu reconnaîtra de nouveau son peuple sur la terre.

La deuxième classe concerne les Gentils qui oppriment les Juifs pendant le temps où Dieu a écrit sur eux «Lo-Ammi », c’est-à-dire «pas mon peuple».

Après avoir envoyé des prophètes et qu’il n’y eut plus de remède, Dieu fut obligé d’abandonner les Juifs au jugement. Alors il suscita Nebucadnetsar et le temps des Gentils a commencé. Il a encore son cours. L’empire a passé de Babylone à la Perse, de la Perse à la Grèce, et les Juifs étaient esclaves des Romains, des Gentils, lorsque Christ arriva. Donc deux classes de prophéties quant à ce qui concerne les Gentils, l’une se rapportant aux ennemis du peuple de Dieu pendant que Dieu reconnaît ce peuple, l’autre se rapportant aux oppresseurs d’Israël, pendant qu’Israël est rejeté, et que Dieu ne reconnaît pas ce peuple. Es. 66, 6-14 montre le rétablissement des Juifs. Depuis ce temps des Gentils Dieu n’a plus son trône sur la terre. C’est pourquoi en Daniel nous n’avons pas le Dieu de la terre mais le Dieu du ciel. Ezéchiel montre le jugement sur Jérusalem dont Nebucadnetsar était l’instrument. Géographiquement l’Assyrien est maintenant la Turquie d’Asie et une partie de la Perse. Mais dans les derniers jours l’Assyrien apparaîtra sur la scène dans la puissance russe, selon Ezé. 37, 38. Les divisions de la Russie et de l’Empire romain ne sont jamais confondues dans l’Ecriture. De nombreux passages montrent un jugement général des Gentils, dont Es. 24; Jér. 25; Soph. 3; Agg. 2, etc.

Au sujet de la statue, le fer mêlé avec l’argile présente l’état actuel des choses. La petite pierre détruit tout avant de grandir. Ce qui grandit, c’est la pierre qui a détruit la statue. Nous avons ici l’arrivée du royaume de Christ en jugement, et une destruction totale des empires qui ont présenté l’action de la pierre, action qui s’est exercée sur le dernier empire, et plus particulièrement sur les pieds de fer et d’argile, dernière forme de la statue considérée au milieu de sa distribution géographique et de son état, en partie fort, en partie faible. Dans les pieds de fer et d’argile, il y a, à n’en pas douter, les éléments germains et latins.

Le livre de Daniel est particulier en ce qu’il ne s’adresse pas au peuple dans son ensemble, mais personnellement à Daniel au sujet de ce peuple. Le «Lo-Ammi» avait résonné à son oreille par la bouche d’Osée, à peu près deux cents ans auparavant. Pour la vraie intelligence du livre, il faut se pénétrer de ce «Lo-Ammi», c’est-à-dire: pas mon peuple. Daniel est le prophète des temps des nations.

Notons que le chapitre premier de Daniel sert d’introduction à l’ensemble du livre. Mais ceci n’empêche pas que des principes moraux de toute importance y soient contenus, principes propres à soutenir la foi en des jours de déclin et de ruine.

Daniel signifie jugement de Dieu.
Hanania donné de Dieu
Mishaël qui est ce qu’est Dieu
Azaria celui que Jéhovah aide

Au lieu de ces noms suggestifs, le prince des eunuques leur en donne des nouveaux tirés des idoles de Babylone.

Avec le deuxième chapitre, la partie prophétique du livre commence. La première partie prophétique, qui va jusqu’au chapitre six, traite surtout des caractères et de la condition des grands empires gentils. C’est pourquoi les songes s’adressent à Nebucadnetsar et non à Daniel directement, bien que seul Daniel soit capable de les interpréter. Si Dieu va juger les différents systèmes de ce monde, politique, sociaux, religieux, il prend soin de le faire savoir longtemps à l’avance. L’homme est donc sans excuses.

Par l’étude de ce livre nous apprenons la grande leçon de se conserver pur du monde. La conduite individuelle de Daniel est la base des révélations de ce livre. La division des deux parties de ce livre est encore ponctuée par la langue propre à chacune, c’est-à-dire que depuis le chapitre 2, 4 jusqu’au chapitre 7, 28 le syriaque ou chaldéen est utilisé, tandis que les chapitres 8 à 12 sont rédigés en hébreu. Le syriaque était familier aux babyloniens. L’hébreu est la langue des Juifs.

En avançant dans l’étude de Daniel, nous verrons deux catégories distinctes de prophètes. Premièrement, ceux qui, comme Esaïe s’adressent directement à la nation juive encore reconnue de Dieu. Deuxièmement, ceux qui, comme Daniel, sont revêtus de leur office après qu’elle ait été rejetée. Les premiers nous parlent surtout de l’Assyrien, et les derniers de Babylone et des puissances qui lui succèdent. Jér. 25établit la durée de l’empire babylonien. Le v. 37 de Daniel 2 n’est dit que pour l’empire de Babylone. Le royaume des Mèdes et des Perses sera inférieur à celui de Babylone en magnificence, mais non en étendue, puisqu’il dominera sur toute la terre. Cet empire, qui dure plus longtemps que celui de Babylone, prend fin en 536-533 av.J.-C., écrasé sous la puissance nouvelle d’Alexandre le Grand dont les livres profanes racontent la gloire.

Quand Rome reparaîtra, ce sera dans la condition figurée par les orteils des pieds. Les dix orteils correspondent aux dix cornes de Daniel chapitre sept.

Les deux premiers versets de Daniel se relient à la fin du livre des Rois et des Chroniques, et résument le dénouement de l’histoire des rois de Juda.

Chapitre 3

* 1 Nebucadnetsar, le roi, fit une statue* d’or; sa hauteur était de soixante coudées, sa largeur, de six coudées; il la dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone. 2 Et Nebucadnetsar, le roi, envoya [un ordre] pour assembler les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes, et tous les magistrats des provinces, afin qu’ils vinssent pour la dédicace de la statue que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée. 3 Alors s’assemblèrent les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes, et tous les magistrats des provinces, pour la dédicace de la statue que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée; et ils se tinrent devant la statue que Nebucadnetsar avait dressée.
4
Et un héraut cria avec force: Il vous est ordonné, peuples, peuplades, et langues: 5 Aussitôt que vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, a dressée; 6 et quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas, sera jeté à l’heure même au milieu d’une fournaise de feu ardent. 7 C’est pourquoi, au moment même où tous les peuples entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, et toute espèce de musique, tous les peuples, peuplades et langues, se prosternèrent [et] adorèrent la statue d’or que Nebucadnetsar, le roi, avait dressée.
8
À cause de cela, en ce même moment, des hommes chaldéens s’approchèrent et accusèrent* les Juifs. 9 Ils prirent la parole et dirent au roi Nebucadnetsar: 10 Ô roi, vis à jamais! Toi, ô roi, tu as donné ordre que tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, se prosterne et adore la statue d’or, 11 et que quiconque ne se prosternerait pas et n’adorerait pas, serait jeté au milieu d’une fournaise de feu ardent. 12 Il y a des hommes juifs, que tu as établis sur les services de la province de Babylone, Shadrac, Méshac et Abed-Nego: ces hommes ne tiennent pas compte de toi, ô roi; ils ne servent pas tes dieux, et la statue d’or que tu as dressée ils ne l’adorent pas. 13 Alors Nebucadnetsar, en colère et en fureur, commanda d’amener Shadrac, Méshac et Abed-Nego; alors on amena ces hommes devant le roi. 14 Nebucadnetsar prit la parole et leur dit: Est-ce à dessein, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, que vous ne servez pas mon dieu, et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée? 15 Maintenant, si, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, vous êtes prêts à vous prosterner et à adorer la statue que j’ai faite…; mais si vous ne l’adorez pas, à l’instant même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main? 16 Shadrac, Méshac et Abed-Nego répondirent et dirent au roi: Nebucadnetsar, il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet. 17 S’il en est [comme tu dis], notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et il [nous] délivrera de ta main, ô roi! 18 Et sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée.
19
Alors Nebucadnetsar fut rempli de fureur, et l’apparence de son visage fut changée envers Shadrac, Méshac et Abed-Nego. Il prit la parole et commanda de chauffer la fournaise sept fois plus qu’on n’était accoutumé de la* chauffer; 20 et il commanda aux hommes les plus vaillants de son armée, de lier Shadrac, Méshac et Abed-Nego, et de les jeter dans la fournaise de feu ardent. 21 Alors ces hommes furent liés dans leurs caleçons, leurs tuniques, et leurs manteaux et leurs vêtements, et jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. 22 Parce que la parole du roi était rigoureuse et la fournaise extrêmement chauffée, la flamme du feu tua ces hommes qui avaient fait monter Shadrac, Méshac et Abed-Nego; 23 et ces trois hommes, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, tombèrent liés au milieu de la fournaise de feu ardent.
24
Alors le roi Nebucadnetsar, consterné, se leva précipitamment [et] prit la parole et dit à ses conseillers: N’avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés? Ils répondirent et dirent au roi: Certainement, ô roi! 25 Il répondit et dit: Voici, je vois quatre hommes déliés, se promenant au milieu du feu, et ils n’ont aucun mal; et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu*. 26 Alors Nebucadnetsar s’approcha de l’ouverture de la fournaise de feu ardent; il prit la parole et dit: Shadrac, Méshac et Abed-Nego, serviteurs du Dieu Très-haut, sortez et venez! Alors Shadrac, Méshac et Abed-Nego sortirent du milieu du feu. 27 Et les satrapes, les préfets, les gouverneurs, et les conseillers du roi, qui étaient assemblés, virent ces hommes sur le corps desquels le feu n’avait eu aucune puissance: les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés, et leurs caleçons n’avaient pas changé, et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux. 28 Nebucadnetsar prit la parole et dit: Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, qui a envoyé son ange et a sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui, et ont changé la parole du roi, et ont livré leurs corps, afin de ne servir et n’adorer aucun autre dieu que leur Dieu. 29 Et de par moi l’ordre est donné qu’en tout peuple, peuplade, et langue, quiconque parlera mal du Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, sera mis en pièces, et sa maison sera réduite en un tas d’immondices, parce qu’il n’y a pas d’autre Dieu qui puisse sauver ainsi. 30 Alors le roi éleva* Shadrac, Méshac et Abed-Nego dans la province de Babylone.

v. 1: ou: image. / v. 8: accuser, ici, et 6:24, litt.: manger les morceaux de. / v. 19: litt.: qu’on ne l’avait vue. / v. 25: ou: des dieux; chaldéen: Élah, au pluriel, comme 2:11. / v. 30: élever, élever à de grands honneurs.

Commentaires

Chapitres 2 à 6
Le caractère des empires universels
Chapitre 3 : La statue d’or; idolâtrie

Le chapitre deux a présenté l’histoire générale dont ce livre s’occupe, communiqué dans un rêve à Nebucadnetsar qui en reçoit l’interprétation par le prophète Daniel. Les chapitres trois à sixprésentent les caractères et la conduite des empires de cette histoire avec les grands principes qui les gouvernent. Au lieu d’être soumis à Dieu, ils sont en rébellion contre lui, ce qui leur attire le jugement divin.

Trois principes dans ces trois premiers chapitres de Daniel: 1) Etre mis à part pour Dieu quoique puisse coûter cette séparation. 2) Se reposer complètement sur lui dans les difficultés. 3) Souffrir avec patience pour son nom. Dans le chapitre trois, il y a le premier péché qui caractérise la puissance des Gentils ou la puissance qui règne de leur temps. C’est l’idolâtrie.

Au chapitre quatre, ces empires deviennent des bêtes. Ils agissent comme telles, cessant d’être soumises et perdent l’intelligence. Les hommes reconnaissent leur assujettissement à Dieu, pas les bêtes. Au chapitre cinq l’impiété est manifestée. Et au sixième, le chef de l’empire s’élève pour se faire Dieu lui-même.

Dans la deuxième partie (chapitres sept à douze), vient le détail des circonstances de ces empires et leur relation spéciale avec le peuple de Dieu.

Chapitre 3
Au sujet des v. 1 à 8, les recherches archéologiques indiquent que le monument de la statue était colossal. Le piédestal fait état d’une gigantesque statue et tout porte à croire qu’il y a un rapport avec le premier verset. Nebucadnetsar, rentré victorieux d’une campagne en Egypte, avait sans doute vu la colossale image de Ramsès le Grand, qui attire encore aujourd’hui les regards des voyageurs, et voulait la surpasser en magnificence. Il érigea ainsi dans son propre pays, non en une image de pierre, mais d’or.

Il présente les grands principes de conduite de la puissance qui domine pendant le temps des Gentils. L’idolâtrie est la première chose que la puissance civile établit dans le but de fonder l’unité religieuse. Pour ce faire, le peuple du vrai Dieu est mis à distance et autre chose vient en substitution. C’est le grand principe qui caractérise l’empire des Gentils donnant du même coup l’occasion au peuple de Dieu de manifester leur fidélité. Adorer une statue, c’est de l’idolâtrie. Satan pousse les puissances civiles à établir l’unité, afin que tout soit bien uni, et réglé sous sa domination. C’est ce que fait Nebucadnetsar dans les versets 1 à 3. Puis au v. 15 : «Maintenant, si, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la musette, et toute espèce de musique, vous êtes prêts à vous prosterner et à adorer la statue que j’ai faite…; mais si vous ne l’adorez pas, à l’instant même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. Et qui est le dieu qui vous délivrera de ma main?» La fin de ce verset 15 est une marque d’impiété doublé d’un principe de blasphème qui a été celui de la bête, de tout temps et en toutes circonstances, l’idée de la puissance qu’elle possède et qu’elle tient. Souvenons-nous que le Dieu qui donne la puissance la domine aussi. L’impiété s’approprie cette puissance. En Hab. 1, 11 elle est devenue son dieu. L’impiété veut s’arroger tous les droits en dépit de Dieu. Elle se lie immédiatement à l’idolâtrie, à l’unité en matière de religion, car elle tombe dans les mains de l’ennemi en s’éloignant de Dieu. Au milieu de cela, Dieu a des serviteurs, des personnes sous sa dépendance, et il leur envoie des ordres. Si quelqu’un empêche les serviteurs de recevoir ces ordres, il empiète non seulement sur leurs droits, mais sur ceux de Dieu et c’est là le grand point. Dieu tirera vengeance de tout cela. C’est une chose terrible de violer la conscience d’autrui pour satisfaire à sa propre méchanceté. Mettre les droits de Dieu de côté comme Nebucadnetsar est un principe blasphématoire qui s’attache aux Gentils dès le commencement. Voilà le premier acte de cette tête d’or, fondement même de la puissance des Gentils, qui nous est présenté dans notre chapitre.

Tenir les peuples soumis et les unir les uns aux autres est effectivement un moyen très puissant pour exercer une grande influence sur eux. Cette unité est le fruit d’une puissance civile ou d’une religion. Par conséquent la persécution atténuée ou marquée est là pour aboutir à ce dessein d’unité. Ceux qui ne se joignent pas à cette unité idolâtre reçoivent ainsi la sentence des v. 6, 15, 20, 21, 22, 23, etc. Verset 23 : «Et ces trois hommes, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, tombèrent liés au milieu de la fournaise de feu ardent».

Une autre conséquence manifestée, qui est l’une des marques de toute cette puissance des Gentils, c’est l’impiété qui non seulement ne veut pas respecter la conscience, mais de plus, ne tient pas compte du droit de Dieu. La conscience est importante sans doute. Mais les droits de Dieu le sont encore davantage.

Versets 17 à 29 : il est touchant de voir que Shadrac, Méshac, Abed-Nego ne s’inquiètent de rien. Malgré cette confiance, ils n’échappent pas à la persécution. Ils subissent l’épreuve. Dieu permet à Nebucadnetsar d’accomplir tout ce qu’il veut. Plus tard, Daniel aussi ne sera pas épargné en étant jeté dans la fosse aux lions. Ces hommes se soumettent entièrement quant au corps mais ne cèdent en rien quant à l’âme. Dans le feu, ils trouvent le Fils de Dieu (v. 25): le creuset de l’épreuve est un lieu de rendez-vous. Souvent le résultat de l’épreuve du chrétien est le débarras de telle ou telle attache … tout comme ces trois hommes ont été déliés de leurs liens. Ils sont déliés par le feu et seuls les liens dont le monde avait réussi à les charger, sont brûlés. Nous y voyons un témoignage immédiat de l’intérêt que Dieu prend à ces pauvres serviteurs. Leur délivrance pousse la puissance civile à reconnaître que leur Dieu est un Dieu qui délivre son peuple et qui daigne allier son nom aux leurs. La réponse de Nebucadnetsar dans les v. 28 et 29 le confirme.

Le principe du fidèle est donc d’aller jusqu’à livrer son corps afin de ne servir aucun autre Dieu que son Dieu. C’est ce que réalisent Shadrac, Méshac et Abed-Nego. Ils représentent le résidu fidèle.

D’autres pensées de ce chapitre :
Cet acte d’idolâtrie, cette statue, évoque ce qui gouverne le cœur des hommes. 1) La statue est en or. Ce métal qui est l’objet d’une universelle vénération. 2) Elle a la forme d’un homme et l’homme tend à s’adorer lui-même, à se mettre à la place de Dieu. 3) Elle ressemble à l’image de la bête des temps apocalyptiques, selon Apoc. 13, 15.

ME 1883(traitant de Dan. 1, 2, 13-23 et ch. 3, 12-30)
Nous y voyons les temps du résidu mis en lumière et ici la séparation, la dépendance, et la souffrance. Remarquons qu’il y a une grande analogie entre le temps de Daniel et le nôtre. La ruine et la confusion régnant autour de nous, provient de ce que l’homme, livré à sa propre responsabilité, a comme anéanti le témoignage donné de Dieu en sa faveur sur la terre où son Fils a été rejeté. Dans de tels temps, il convient de se séparer complètement des choses d’ici-bas.

ME 1921
Puissions-nous retirer des instructions salutaires. Soit quant au caractère moral du monde que nous traversons, soit quant au chemin que nous avons à suivre et au témoignage que nous sommes appelés à rendre au milieu de cette génération corrompue. Par exemple, dans les premiers versets, il est évident que la musique agit sur les sens et endort la conscience. Les instruments de musique ont été inventés par les descendants de Caïn.

Nebucadnetsar représente la puissance mondaine qui ne s’appuie pas sur Dieu. De par sa position, il s’est estimé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu. En principe, les Juifs qui acceptaient les jugements de Dieu devaient se soumettre à Nebucadnetsar. Mais il y avait aussi le principe de garder une bonne conscience devant Dieu. Si l’autorité royale demandait une chose contraire à Dieu, le peuple de Dieu ne lui devait pas obéissance. Ceci est pénible, car l’obéissance amène la souffrance, l’épreuve. Et si la puissance du monde est visible, seule la foi peut se reposer sur Dieu. La providence de Dieu consume nos liens.

En Israël Dieu manifestait sa puissance par des délivrances visibles, matérielles, comme ce fut le cas sous le Pharaon. Mais avec nous il en use tout autrement. Etant délivrés au point de vue spirituel, nous attendons des cieux son Fils qui doit venir. En lisant la Parole, nous pouvons nous rendre compte que ceux qui sont fidèles à Dieu, passent toujours par l’épreuve. L’obéissance à Dieu et la confiance en Lui ont aussi toujours caractérisés ceux qui sont moralement et spirituellement près de Lui-même s’ils sont dispersés. Il est remarquable de considérer d’un côté le pouvoir absolu du roi et d’un autre côté la patience absolue aussi de ceux qui souffraient pour leur foi. S’ils s’étaient opposés au roi, c’en était fait d’eux, car Dieu avait donné le pouvoir à Nebucadnetsar. Mais ils se soumirent à sa sentence tout en obéissant à Dieu.

Chapitre 4

* 1 Nebucadnetsar, le roi, à tous les peuples, peuplades et langues, qui habitent sur toute la terre: Que votre paix soit multipliée! 2 Il m’a semblé bon de faire connaître les signes et les prodiges que le Dieu Très-haut a opérés à mon égard. 3 Ses signes, combien ils sont grands! Et ses prodiges, combien ils sont puissants! Son royaume est un royaume éternel, et sa domination est de génération en génération. 4 Moi, Nebucadnetsar, j’étais en paix dans ma maison, et florissant dans mon palais. 5 Je vis un songe, et il m’effraya, et les pensées que j’avais sur mon lit, et les visions de ma tête, me troublèrent. 6 Et de par moi fut donné un ordre qu’on amenât devant moi tous les sages de Babylone pour qu’ils me fissent connaître l’interprétation du songe. 7 Alors vinrent les devins, les enchanteurs, les Chaldéens, et les augures; et je dis le songe devant eux, mais ils ne m’en firent pas connaître l’interprétation; 8 mais, à la fin, entra devant moi Daniel, dont le nom est Belteshatsar, selon le nom de mon dieu, et en qui est l’esprit des dieux saints; et je dis le songe devant lui.
9
Belteshatsar, chef des devins, puisque je sais que l’esprit des dieux saints est en toi, et qu’aucun secret ne t’embarrasse, dis-moi les visions du songe que j’ai vu, et son interprétation. 10 Or les visions de ma tête, sur mon lit, [étaient celles-ci]: je voyais, et voici, un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était grande. 11 L’arbre crût et devint fort, et sa hauteur atteignit jusqu’aux cieux, et on le voyait jusqu’au bout de toute la terre. 12 Son feuillage était beau et son fruit abondant, et en lui il y avait de la nourriture pour tous; sous son ombre se tenaient les bêtes des champs, et dans ses branches habitaient les oiseaux des cieux; et de lui toute chair se nourrissait. 13 Je voyais, dans les visions de ma tête, sur mon lit, et voici un veillant, un saint, descendit des cieux. 14 Il cria avec force, et dit ainsi: Abattez l’arbre et coupez ses branches, faites tomber son feuillage et dispersez son fruit; que les bêtes s’enfuient de dessous lui, et les oiseaux, de ses branches. 15 Toutefois, laissez dans la terre le tronc de ses racines, avec un lien de fer et d’airain [autour de lui], dans l’herbe des champs; et qu’il soit baigné de la rosée des cieux, et qu’il ait, avec les bêtes, sa part à l’herbe de la terre; 16 que son cœur d’homme soit changé, et qu’un cœur de bête lui soit donné; et que sept temps passent sur lui. 17 Cette sentence est par le décret des veillants, et la chose, par la parole des saints, afin que les vivants sachent que le Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il le donne à qui il veut, et y élève le plus vil des hommes. 18 Ce songe, moi, le roi Nebucadnetsar, je l’ai vu; et toi, Belteshatsar, dis-en l’interprétation, puisque tous les sages de mon royaume n’ont pas pu me faire connaître l’interprétation; mais toi, tu le peux, car l’esprit des dieux saints est en toi.
19
Alors Daniel, dont le nom est Belteshatsar, fut stupéfié pour une heure environ, et ses pensées le troublèrent. Le roi prit la parole et dit: Belteshatsar, que le songe et son interprétation ne te troublent pas. Belteshatsar répondit et dit: Mon seigneur! que le songe soit pour ceux qui te haïssent, et son interprétation pour tes ennemis. 20 L’arbre que tu as vu, qui croissait et devenait fort, et dont la hauteur atteignait jusqu’aux cieux, et qu’on voyait de toute la terre, 21 et dont le feuillage était beau et le fruit abondant, et qui avait de la nourriture pour tous, sous lequel habitaient les bêtes des champs, et dans les branches duquel demeuraient les oiseaux des cieux: 22 c’est toi, ô roi, qui t’es agrandi et es devenu puissant; et ta grandeur s’est accrue et atteint jusqu’aux cieux, et ta domination, jusqu’au bout de la terre. 23 Et quant à ce que le roi a vu un veillant, un saint, descendre des cieux et dire: Abattez l’arbre et détruisez-le; toutefois laissez dans la terre le tronc de ses racines, avec un lien de fer et d’airain [autour de lui], dans l’herbe des champs, et qu’il soit baigné de la rosée des cieux, et qu’il ait sa part avec les bêtes des champs jusqu’à ce que sept temps passent sur lui, — 24 c’est ici l’interprétation, ô roi, et la décision du Très-haut, ce qui va arriver au roi, mon seigneur: 25 On te chassera du milieu des hommes, et ta demeure sera avec les bêtes des champs, et on te fera manger l’herbe comme les bœufs, et tu seras baigné de la rosée des cieux, et sept temps passeront sur toi, jusqu’à ce que tu connaisses que le Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il le donne à qui il veut. 26 Et quant à ce qu’on a dit de laisser le tronc des racines de l’arbre, ton royaume te demeurera, quand tu auras connu que les cieux dominent. 27 C’est pourquoi, ô roi, que mon conseil te soit agréable; et romps avec tes péchés par la justice, et avec ton iniquité, par la compassion envers les affligés, si ce peut être un prolongement de ta paix.
28
Tout cela arriva au roi Nebucadnetsar. 29 Au bout de douze mois, il se promenait sur le palais du royaume de Babylone. 30 Le roi prit la parole et dit: N’est-ce pas ici Babylone la grande, que j’ai bâtie pour être la maison de mon royaume, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence? 31 La parole était encore dans la bouche du roi, qu’une voix tomba des cieux: Roi Nebucadnetsar, il t’est dit: 32 Le royaume s’en est allé d’avec toi; et on te chassera du milieu des hommes, et ta demeure sera avec les bêtes des champs; on te fera manger de l’herbe comme les bœufs, et sept temps passeront sur toi, jusqu’à ce que tu connaisses que le Très-haut domine sur le royaume des hommes et qu’il le donne à qui il veut. 33 Au même instant la parole s’accomplit sur Nebucadnetsar: il fut chassé du milieu des hommes, et il mangea de l’herbe comme les bœufs, et son corps fut baigné de la rosée des cieux, jusqu’à ce que ses cheveux fussent devenus longs comme [les plumes] de l’aigle, et ses ongles, comme ceux des oiseaux.
34
Et à la fin de ces jours, moi, Nebucadnetsar, j’élevai mes yeux vers les cieux, et mon intelligence* me revint, et je bénis le Très-haut, et je louai et magnifiai celui qui vit éternellement, duquel la domination est une domination éternelle, et dont le royaume est de génération en génération; 35 et tous les habitants de la terre sont réputés comme néant, et il agit selon son bon plaisir dans l’armée des cieux et parmi les habitants de la terre; et il n’y a personne qui puisse arrêter sa main et lui dire: Que fais-tu? 36 Dans ce temps-là, mon intelligence* me revint, et, pour la gloire de mon royaume, ma magnificence et ma splendeur me revinrent, et mes conseillers et mes grands me cherchèrent, et je fus rétabli dans mon royaume, et ma grandeur fut extraordinairement augmentée. 37 Maintenant, moi, Nebucadnetsar, je loue et j’exalte et je magnifie le roi des cieux, dont toutes les œuvres sont vérité, et les voies, jugement*, et qui est puissant pour abaisser ceux qui marchent avec orgueil.
— v. 34, 36: litt.: connaissance. — v. 37: juste jugement.

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Chapitres 2 à 6
Le caractère des empires universels
Chapitre 4 : L’orgueil, la chute et la restauration de Nebucadnetsar

Au début de ce chapitre il y a un beau témoignage de Nebucadnetsar. Dans notre mesure, ne craignons pas de dire bien haut ce que le Seigneur a fait pour nous.

Il y a, dans ce chapite, un nouveau songe de Nebucadnetsar. C’est cet arbre élevé qui domine toute la terre (v. 10) : «Or les visions de ma tête, sur mon lit, étaient celles-ci: je voyais, et voici, un arbre au milieu de la terre, et sa hauteur était grande, etc.». Un grand arbre est toujours le symbole d’un personnage très puissant sur la terre. Nous y reconnaissons Nebucadnetsar (v. 22) dont Dieu lui avait confié la puissance et l’avait béni, temporellement, extrêmement. La conséquence est que le roi est emparé par l’orgueil et cela malgré les avertissements qui faisaient suite à l’interprétation de son songe précédent avec la prédiction express de ce qui allait lui arriver. Le cœur s’aveugle par les choses que les yeux voient.

Cette vision présente un autre caractère de la statue, le caractère de la puissance des Gentils.

Au ch. 3 il y avait le caractère de l’unité d’une religion extérieure. Ici l’homme s’élève dans son cœur. En effet, du moment où Dieu, dans sa providence, élève l’homme, l’homme s’élève dans son cœur. Alors tout est perdu. C’est la portée de ce second caractère des bêtes par rapport aux voies de Dieu.

Le v. 30 indique combien l’homme s’élève, combien il est coupable devant Dieu. Que ce soit dans une position d’obéissance lorsque les Juifs n’étaient pas «Lo-Ammi», ou dans une position de se voir confier le pouvoir, comme Nebucadnetsar, la conséquence est toujours la même, elle est coupable. Incontinent l’homme est changé en bête et perd complètement la raison. Une bête peut être puissante, énorme, plus forte qu’aucun homme, faire preuve de beaucoup de sagacité dans sa conduite, mais elle regarde en bas. Il n’y a pas pour elle de conscience dans sa conduite, il n’y a point de relation connue entre elle et Dieu. Nebucadnetsar est donc là avec les bêtes, ayant perdu la raison. Ce qui élève véritablement l’homme, c’est d’être soumis, de rechercher la volonté de Dieu. Mais du moment qu’il dit : «J’ai bâti», alors il prend le caractère d’une bête. Ce qui était véritablement élevé en lui est perdu.

Versets 36 et 37 : l’effet de tout cela consiste en ce que Dieu est glorifié. Il en est toujours ainsi. Tel est l’effet des jugements de Dieu sur la puissance des Gentils. Si nous ne voyons pas de relations de Dieu avec le résidu, comme au ch. 3, en Shadrac, Méshac et Abed-Nego, nous voyons par contre que l’orgueil de la puissance terrestre est abaissé. L’Eternel a le dessus sur celui qui croit être le plus fort (cf Ex. 18, 11). C’est le grand principe de notre chapitre. Ce chapitre qui montre donc le principe de la mauvaise conduite de la puissance des nations. Cette puissance s’élève contre Dieu, descend au niveau de la bête dans son intelligence, elle est jugée. Un temps passe sur elle. Enfin elle reconnaît Dieu, c’est-à-dire que la puissance souveraine des Gentils est livrée à un état de folie et est privée de toute vraie intelligence pendant la période complète de son existence impériale. Après cela elle reconnaît Dieu.

Autres pensées sur ce chapitre :
Si le ch. 3 nous donnait le premier caractère des Gentils, c’est-à-dire l’unité d’une religion extérieure, le quatrième en donne le deuxième caractère des Gentils, c’est-à-dire l’élévation du cœur de l’homme.

Au v. 4, le roi se croyait en paix, mais la vie d’un homme n’est pas dans ses biens. Pour l’arracher à cette fausse sécurité, Dieu lui envoie un songe au v. 5. Bien que l’inquiétude est souvent un signe du travail de Dieu dans une conscience, le roi se confie d’abord aux devins (voir 2 Tim. 3, 9) avant de faire intervenir Daniel, en qui il discerne l’esprit des dieux saints, selon v. 8 et 18. Seul l’esprit de Dieu peut expliquer la Parole de Dieu. Ce grand arbre, figure du roi, représente aussi le monde en général. Comme Daniel, n’ayons pas peur de dire la vérité au monde. Ainsi la patience de Dieu a accordé douze mois au roi pour rompre avec ses péchés. Mais l’orgueil n’a fait que croître. Au v. 30 on peut dire que le roi lui-même donne le signe de son désastre. Il n’a pas fini de parler que la sentence divine tombe du ciel. A la lecture du v. 37, nous voyons tout le changement opéré dans le cœur de cet homme. Il reconnaît le bien-fondé de la solennelle leçon qu’il a apprise. Dieu arrive à bout avec l’homme le plus orgueilleux mentionné dans la Parole.

Ces sept temps ont aussi comme portée prophétique la repentance des nations. Dans le v. 27: «C’est pourquoi, ô roi, que mon conseil te soit agréable; et romps avec tes péchés par la justice, et avec ton iniquité, par la compassion envers les affligés, si ce peut être un prolongement de ta paix». Nous y avons un des plus beaux traits de la vie de Daniel, celui de pouvoir s’exprimer d’une telle façon au monarque.

Comme conclusion, lisons le Ps. 2, 10 : «Et maintenant, ô rois, soyez intelligents».

Chapitre 5

* 1 Le roi Belshatsar fit un grand festin à mille de ses grands, et but du vin devant les mille.* 2 Belshatsar, comme il buvait* le vin, commanda d’apporter les vases d’or et d’argent que son père Nebucadnetsar avait tirés du temple qui était à Jérusalem, afin que le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines, y bussent. 3 Alors on apporta les vases d’or qu’on avait tirés du temple de la maison de Dieu, qui était à Jérusalem; et le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines, y burent. 4 Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d’or et d’argent, d’airain, de fer, de bois, et de pierre. 5 En ce même moment, les doigts d’une main d’homme sortirent, et écrivirent, vis-à-vis du chandelier, sur le plâtre de la muraille du palais du roi; et le roi vit l’extrémité de la main qui écrivait. 6 Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent; et les liens de ses reins se délièrent, et ses genoux se heurtèrent l’un contre l’autre.
7
Le roi cria avec force d’amener les enchanteurs, les Chaldéens et les augures. Le roi prit la parole et dit aux sages de Babylone: Quiconque lira cette écriture et m’en indiquera l’interprétation sera revêtu de pourpre, et [aura] une chaîne d’or autour de son cou, et sera le troisième gouverneur dans le royaume. 8 Alors arrivèrent tous les sages du roi, mais ils ne purent lire l’écriture ni faire connaître au roi l’interprétation. 9 Alors le roi Belshatsar fut extrêmement troublé, et il changea de couleur; et ses grands furent bouleversés. 10 La reine, à cause des paroles du roi et de ses grands, entra dans la maison du festin. La reine prit la parole et dit: Ô roi, vis à jamais! Que tes pensées ne te troublent pas, et ne change pas de couleur: 11 il y a un homme dans ton royaume, en qui est l’esprit des dieux saints; et, aux jours de ton père, de la lumière, et de l’intelligence, et une sagesse comme la sagesse des dieux, ont été trouvées en lui; et le roi Nebucadnetsar, ton père, — ton père, ô roi, l’a établi chef des devins, des enchanteurs, des Chaldéens, des augures, 12 parce qu’un esprit extraordinaire, et la connaissance et l’intelligence pour interpréter les songes et pour expliquer les énigmes et pour résoudre les problèmes difficiles, ont été trouvés en lui, en Daniel, à qui le roi a donné le nom de Belteshatsar. Que Daniel soit donc appelé, et il indiquera l’interprétation.
13
Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit à Daniel: Es-tu ce Daniel, l’un des fils de la captivité de Juda, que le roi, mon père, a amenés de Juda? 14 Et j’ai entendu dire de toi que l’esprit des dieux est en toi, et que de la lumière, et de l’intelligence, et une sagesse extraordinaire se trouvent en toi. 15 Et maintenant, les sages, les enchanteurs, ont été amenés devant moi, afin qu’ils lussent cette écriture et m’en fissent connaître l’interprétation, et ils n’ont pu indiquer l’interprétation de la chose*. 16 Et j’ai entendu dire de toi que tu peux donner des interprétations et résoudre les problèmes difficiles. Maintenant, si tu peux lire l’écriture et m’en faire connaître l’interprétation, tu seras vêtu de pourpre, et tu auras une chaîne d’or autour de ton cou, et tu seras le troisième gouverneur dans le royaume.
17
Alors Daniel répondit et dit devant le roi: Que tes présents te demeurent, et donne tes récompenses à un autre. Toutefois je lirai l’écriture au roi, et je lui en ferai connaître l’interprétation. 18 Ô roi*, le Dieu Très-haut donna à Nebucadnetsar, ton père, le royaume, et la grandeur, et l’honneur, et la majesté; 19 et, à cause de la grandeur qu’il lui donna, tous les peuples, les peuplades et les langues, tremblaient devant lui, et le craignaient; il tuait qui il voulait, et il conservait en vie qui il voulait; il exaltait qui il voulait, et il abaissait qui il voulait. 20 Mais quand son cœur s’éleva et que son esprit s’endurcit jusqu’à l’orgueil, il fut précipité du trône de son royaume, et sa dignité lui fut ôtée; 21 et il fut chassé du milieu des fils des hommes, et son cœur fut rendu semblable à celui des bêtes, et sa demeure fut avec les ânes sauvages; on le nourrit d’herbe comme les bœufs, et son corps fut baigné de la rosée des cieux, jusqu’à ce qu’il connut que le Dieu Très-haut domine sur le royaume des hommes, et qu’il y établit qui il veut. 22 Et toi, son fils Belshatsar, tu n’as pas humilié ton cœur, bien que tu aies su tout cela. 23 Mais tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux; et on a apporté devant toi les vases de sa maison, et toi et tes grands, tes femmes et tes concubines, vous y avez bu du vin; et tu as loué les dieux d’argent et d’or, d’airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient, et n’entendent, et ne comprennent point; et le Dieu en la main duquel est ton souffle, et à qui appartiennent toutes tes voies, tu ne l’as pas glorifié. 24 Alors a été envoyée de sa part l’extrémité de la main, et cette écriture a été tracée. 25 Et voici l’écriture qui a été tracée: MENÉ, MENÉ, THEKEL, UPHARSIN*! 26 Voici l’interprétation des paroles. MENÉ: Dieu a compté ton royaume, et y a mis fin. 27 THEKEL: Tu as été pesé à la balance, et tu as été trouvé manquant de poids. 28 PÉRÈS: Ton royaume est divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses.
29
Alors Belshatsar donna des ordres*, et on vêtit Daniel de pourpre, et [on mit] une chaîne d’or à son cou, et on proclama qu’il serait le troisième gouverneur dans le royaume. 30 En cette nuit-là, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. 31 Et Darius, le Mède, reçut le royaume, étant âgé d’environ soixante-deux ans.

v. 1: date: A.C. 538, environ. / v. 2: litt.: goûtait. / v. 15: ou: des paroles. / v. 18: litt.: Toi, ô roi. / v. 25: Compté, compté, pesé et divisé. / v. 29: litt.: dit.

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Le caractère des empires universels
Chapitre 5 : Le blasphème de Belshatsar et son jugement

Dans ce chapitre, le royaume est donné aux Mèdes et aux Perses. Nous y trouvons un troisième caractère des Gentils, le caractère de l’impiété totale. Les deux précédents caractères étaient celui de l’unité d’une religion extérieure (ch. 3) et celui de l’homme qui s’élève dans son cœur (ch. 4).

Le roi Belshatsar fait un festin et commande qu’on lui apporte les vases d’or et d’argent que Nebucadnetsar son père, a tiré du temple qui était à Jérusalem, selon v. 2 et 3. Ici ce troisième caractère de l’iniquité des Gentils, développé avec plus de détails, c’est l’impiété totale, cause immédiate de la destruction de la puissance de Babylone. L’impiété, qui, dès le début forme le caractère de la bête, est vue ici sous cette autre et troisième forme. L’impiété est toujours en rapport avec les Juifs, même lorsqu’ils sont entre les mains des Gentils, parce qu’il s’agit du Dieu de la terre, d’un Dieu exerçant son gouvernement sur la terre et non pas de l’espérance de l’Eglise dans le ciel. En Lam. 2, 7 déjà, tous les signes extérieurs de sa présence et de sa gloire sont entre les mains des Gentils, de son chef.

Les v .1 à 4 présentent une (belle) image du monde sans Dieu. Quant au jugement de Babylone, il avait été prédit cent cinquante ans auparavant par Esaïe (cf Es. 44, 28 et 45, 1). Au v. 6, n’avons-nous pas une image de ceux qui pourront dire: «Trop tard» ?. Les caractères de la Babylone de Nebucadnetsar et de Belshatsar se retrouvent dans l’Apocalypse comme traits moraux de la Babylone spirituelle, dont la formation avance si rapidement (voir Luc 16, 29 et Jean 12, 48).

En Belshatsar, nous avons le type de la conduite finale du chef de Babylone: l’impiété ouverte qui comprend l’idolâtrie, l’élévation du cœur de l’homme, mais par-dessus tout un acte immédiat qui déshonore le vrai Dieu, le Dieu qui, par son châtiment, a livré lui-même son peuple entre les mains des méchants. Au moment où le chef de l’empire s’élève contre le Dieu des Juifs, par cette impiété totale, une main d’homme écrit ce qui nous est rapporté dans les v. 5, 25 et suivants.

Versets 7 à 12 : les devins, etc, ne peuvent pas fournir l’interprétation. On fait alors appel à Daniel qui rapporte, dans les v. 17 à 28, ce qui a caractérisé Nebucadnetsar et ce qui caractérise Belshatsar. Le jugement est mûre. Il tombe sur Belshatsar. Son royaume est détruit.

Si le temps de Nebucadnetsar était marqué par la persécution des fidèles (ch. 3), celui de son fils Belshatsar se distingue au contraire par l’indifférence religieuse, l’abondance facile, la recherche des plaisirs. Notre période actuelle ressemble beaucoup à celle de Belshatsar. Si les croyants ne sont plus persécutés dans nos pays, Dieu est outragé d’une autre manière et nous en avons l’image dans ce festin. Comme Daniel et la reine-mère, tenons-nous à l’écart, loin de la fête joyeuse qui bat son plein et où s’étourdit un monde profane.

Dans les v. 13 à 31, pour la troisième fois, Daniel entre en scène afin d’interpréter la pensée de Dieu. Daniel ne prend plus aucun ménagement pour annoncer l’effondrement. Belshatsar n’a pas tenu compte du témoignage de son père (v. 22), et Daniel ne peut que lui traduire la sentence irrévocable. Au sujet de ce «Mené, mené, compté, recompté», c’est comme si le Dieu juste vérifiait avec soin son addition avant la décision finale (comp. avec Gen. 18, 21).

L’histoire relate comment Cyrus, le Perse, ayant détourné le cours de l’Euphrate, qui traverse Babylone, s’est servi de son lit asséché, pour s’introduire dans la ville avec ses soldats, à la faveur de la nuit, et de l’orgie du palais. Veillons et soyons sobres pour ne pas être surpris à la venue du Seigneur.

Si Nebucadnetsar, orgueilleux, insensé, fut arrêté dans sa coupable voie par le Dieu des cieux, Belshatsar est laissé libre de poursuivre sa voie jusqu’aux limites irrémédiables. Impie et profane, lil est cause de sa propre ruine et de la chute de Babylone.

Au sujet de Belshatsar, de fait il était le petit-fils de Nebucadnetsar. Dans les paroles de Daniel, aucune grâce. C’est que la longue patience et les appels de Dieu avaient été foulés aux pieds par Belshatsar et son peuple. L’heure de la rétribution avait sonné.

Chapitre 6

* 1 Il plut à Darius d’établir sur le royaume cent vingt satrapes, pour qu’ils fussent dans tout le royaume; 2 et au-dessus d’eux, trois présidents, dont Daniel était l’un, pour que ces satrapes leur rendissent compte, et que le roi ne souffrît aucun dommage. 3 Et ce Daniel surpassa les présidents et les satrapes, parce qu’il y avait en lui un esprit extraordinaire; et le roi pensa à l’établir sur tout le royaume.
4
Alors les présidents et les satrapes cherchèrent à trouver dans [l’administration du] royaume quelque sujet d’accusation contre Daniel; et ils ne pouvaient trouver aucun sujet d’accusation ni aucune faute, parce qu’il était fidèle; et aucun manquement ni aucune faute ne se trouva en lui. 5 Et ces hommes dirent: Nous ne trouverons dans ce Daniel aucun sujet d’accusation, à moins que nous n’en trouvions contre lui à cause de la loi de son Dieu. 6 Alors ces présidents et ces satrapes s’assemblèrent en foule auprès du roi, et lui parlèrent ainsi: Roi Darius, vis à jamais! 7 Tous les présidents du royaume, les préfets et les satrapes, les conseillers et les gouverneurs, ont tenu conseil ensemble pour établir un statut royal et mettre en vigueur une défense, [portant] que quiconque fera une demande à quelque dieu ou à quelque homme que ce soit, durant trente jours, excepté à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions. 8 Maintenant, ô roi, établis la défense, et signe l’écrit afin qu’il ne soit pas changé, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée. 9 À cause de cela, le roi Darius signa l’écrit et la défense.
10
Or Daniel, quand il sut que l’écrit était signé, entra dans sa maison; et, ses fenêtres étant ouvertes dans sa chambre haute, du côté de Jérusalem, il s’agenouillait sur ses genoux trois fois le jour, et priait, et rendait grâce devant son Dieu, comme il avait fait auparavant. 11 Mais ces hommes s’assemblèrent en foule et trouvèrent Daniel qui priait et présentait sa supplication devant son Dieu. 12 Alors ils s’approchèrent et dirent devant le roi, touchant la défense du roi: N’as-tu pas signé une défense, [portant] que tout homme qui, durant trente jours, ferait une demande à quelque dieu ou à quelque homme que ce fût, excepté à toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions? Le roi répondit et dit: La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée. 13 Alors ils répondirent et dirent devant le roi: Daniel, qui est d’entre les fils de la captivité de Juda, ne tient pas compte de toi, ô roi, ni de la défense que tu as signée, mais il fait sa requête trois fois par jour. 14 Alors le roi, quand il entendit ces paroles, en fut fort affligé, et il pensa avec sollicitude à Daniel afin de le sauver, et jusqu’au coucher du soleil il s’efforça de le délivrer. 15 Alors ces hommes s’assemblèrent en foule auprès du roi, et dirent au roi: Sache, ô roi, que c’est la loi des Mèdes et des Perses, qu’aucune défense ou statut que le roi a établi, ne peut être changé. 16 Alors le roi donna des ordres, et on amena Daniel, et on le jeta dans la fosse aux lions.
Le roi prit la parole et dit à Daniel: Ton Dieu que tu sers continuellement, lui, te sauvera.
17
Et une pierre fut apportée et mise sur l’ouverture de la fosse, et le roi la scella de son cachet et du cachet de ses grands, afin que l’intention à l’égard de Daniel ne fût pas changée. 18 Alors le roi s’en alla dans son palais, et il passa la nuit en jeûnant, et ne voulut pas qu’on lui amenât des concubines*; et son sommeil s’enfuit loin de lui.
19
Ensuite le roi se leva avec l’aurore, au point du jour, et s’en alla en hâte à la fosse aux lions. 20 Et comme il approchait de la fosse, il cria à Daniel d’une voix triste. Le roi prit la parole et dit à Daniel: Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers continuellement, a-t-il pu te délivrer des lions? 21 Alors Daniel parla au roi: Ô roi, vis à jamais! 22 Mon Dieu a envoyé son ange et a fermé la gueule des lions, et ils ne m’ont fait aucun mal, parce que devant lui l’innocence s’est trouvée en moi, et devant toi non plus, ô roi, je n’ai rien fait de mal. 23 Alors le roi fut très-joyeux et dit qu’on tirât Daniel de la fosse. Et Daniel fut tiré de la fosse, et aucun mal ne fut trouvé sur lui, parce qu’il s’était confié en son Dieu. 24 Et le roi donna des ordres, et on amena ces hommes qui avaient accusé Daniel, et on les jeta dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants* et leurs femmes; et ils n’étaient pas parvenus au fond de la fosse, que déjà les lions se rendirent maîtres d’eux et leur brisèrent tous les os.
25
Alors le roi Darius écrivit: À tous les peuples, peuplades et langues, qui habitent sur toute la terre! Que votre paix soit multipliée! 26 De par moi l’ordre est donné que, dans tous les gouvernements de mon royaume, on tremble devant le Dieu de Daniel et on le craigne; car il est le Dieu vivant, et il subsiste à jamais, et son royaume est [un royaume] qui ne sera pas détruit, et sa domination [durera] jusqu’à la fin. 27 Il sauve et il délivre, et il opère des signes et des prodiges dans les cieux et sur la terre: c’est lui qui a sauvé Daniel de la puissance des lions.
28
Et ce Daniel prospéra pendant le règne de Darius et pendant le règne de Cyrus, le Perse.

v. 18: quelques-uns: de la nourriture; d’autres: des instruments de musique. / — v. 24: litt.: fils.

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Chapitre 6 : Daniel dans la fosse aux lions

Un quatrième principe du mal est mis en évidence dans ce chapitre. Il existait parmi les nations au milieu de cette puissance des Gentils. Il existe encore. Ce principe met le comble à toute cette iniquité. Ce n’est pas seulement l’impiété qui déshonore Dieu, c’est l’homme qui s’élève et qui se met à la place de Dieu lui-même.

Les v. 6 et 7 montrent que ce qui est proposé, c’est que personne ne soit reconnu comme dieu, ou homme, et qu’on ne fasse aucune requête à personne si ce n’est à Darius. Le dernier terme de l’iniquité est arrivé, c’est-à-dire l’élévation de l’homme contre Dieu, sa tentative de se mettre à la place de Dieu sur la terre.

Tout cela soit fort triste. La puissance des Gentils, par l’intervention de Dieu, est admise à le reconnaître (cf v. 14). Ceci se vérifie chaque fois que des fidèles sont mis à l’épreuve. Les v. 25 à 28 le confirment bien.

Au v. 27 : le Dieu de Daniel, c’est le Dieu du résidu fidèle des Juifs. C’est toujours la délivrance des Juifs, du résidu juif qui est la manifestation publique de la pensée de Dieu sur la terre. Voilà donc le vrai Dieu reconnu par la délivrance de son peuple, des Juifs. et en même temps par les jugements qu’il exécute au temps voulu sur ceux qui s’élèvent contre lui. Dans les caractères de ces hommes, il est beau de voir le peuple de Dieu complètement soumis à la puissance temporelle de ces rois car leur puissance vient de Dieu. C’est le principe tout simple du chrétien. Il se soumet. Bien que tenant cette puissance de Dieu, les Gentils s’en servent pour Satan, étant conduits par ce dernier. Si Dieu a prononcé le «Lo-Ammi», Daniel parle toujours de ce peuple comme le peuple de Dieu, parce que la foi reconnaît tous les droits de Dieu. Quand un juif avait la foi dans le cœur, malgré ces circonstances, Dieu le reconnaît et cela est extrêmement précieux. Ainsi malgré tout ce que Satan a fait dans l’Eglise de Dieu, il est impossible que Dieu ne reconnaisse pas la foi existante, car sinon il perdrait ses droits.

Bien qu’ayant une autre espérance, nous, chrétiens, sommes dans le temps des Gentils. Plus nous approchons de la fin, plus Israël gagne en importance. Pour comprendre les choses de Dieu, il est important de bien pénétrer des caractères du temps des nations. Tout ce qui prédit l’établissement du royaume de Dieu sur les ruines causées par la folie de l’impiété de l’homme, car ce flot croissant amènera très bientôt la malédiction de Dieu sur lui.

Dans ce chapitre, Daniel a environ nonante ans. Dominant les événements et les personnes, il sert toujours avec la même conscience, que ce soit lors du règne de Nebucadnetsar le vaniteux, Belshatsar le mondain, ou Darius le faible.

Avec ce chapitre se termine la partie historique du livre qui en fait contient beaucoup plus que cela. Dans le récit de ce ch. 6, le fait historique est dépassé: Darius n’a-t-il pas quelque apparence avec l’Antichrist, … l’exaltation de l’homme voulant se faire égal à Dieu est toujours un signe de proche jugement.

Ici Daniel est un type du résidu juif traversant la période terrible du règne de la bête.

Au sujet de la soumission, remarquons que Daniel ne respecte pas l’édit, car l’accusation tombait juste dans ce sens que l’obéissance à Dieu demandait ici l’oubli de tout le reste. Daniel était d’abord serviteur du Dieu vivant comme le confesse aussi Darius.

La partie de la statue de Dan. 2, 32 et 39 est inférieure à la précédente, non en étendue, mais par son éloignement de la source, éloignement caractérisé, ici, par la limitation due à la loi des Mèdes et des Perses.

Auteur et date
« Daniel » signifie « Mon juge est Dieu ». Daniel a été emmené captif à Babylone par Nebucadnetsar en l’an 605 avant Jésus Christ (2 Rois 24, 1; 2 Chron. 36, 6,7; Dan. 1, 1,2). Daniel, avec d’autres, a été choisi pour assumer, après avoir reçu une instruction complète, un service à la cour chaldéenne. Daniel, qui faisait partie des descendants de la maison royale juive, devait avoir moins de vingt ans au début de sa captivité. Daniel, avec ses trois amis, était fidèle et ferme. Les premiers chapitres en rendent témoignage. Selon le ch. 2, 48, Daniel a eu des fonctions très importantes sous Nebucadnetsar. Puis il n’est plus question de lui jusqu’au temps de Belshatsar qui régnait comme vice-roi en l’absence de Nabonide, son père. A cette époque, Daniel était déjà un vieillard.
Après la conquête de Babylone par les Mèdes, Daniel faisait partie d’un triumvirat qui dominait sur les cent vingt satrapes de l’empire médo-perse (Dan. 6, 2,3). Nous sommes alors en l’an 539-538 av JC. La dernière date que l’on trouve dans ce livre est celle de la troisième année de Cyrus le Perse soit l’an 536-535 av JC. Daniel avait donc près de nonante ans lorsqu’il écrivit ses dernières visions.
Daniel était contemporain d’Ezéchiel qui mentionne trois fois Daniel dans son livre (Ez 14, 14,20; 28, 3). Daniel connaissait aussi le livre de Jérémie (voir Dan. 9, 2). Daniel est aussi cité par le Seigneur (Matt 25, 15 à cf avec Dan. 11, 31, etc). En Héb. 11, 33, en rapport avec ceux qui fermèrent la gueule des lions, Daniel en fait partie.
Ce livre a bien-entendu aussi été attaqué par les critiques incrédules dès le 3ème siècle après JC dont un certain Porphyre de Tyr considère le livre de Daniel comme étant dû à un Juif du 2ème siècle av JC. Les commentateurs modernes soutiennent de semblables critiques. La cause de ces attaques, les mêmes que celles à propos du livre d’Esaïe, ont leur source dans le fait que les incrédules ne veules pas croire à l’exactitude des prophéties de ces livres. Pour la foi, il n’y a pas de difficulté car toutes choses sont révélées aux prophètes par le Seigneur, l’Eternel, lui-même (cf Amos 3, 7).

Son but

Dans la bible hébraïque, Daniel fait partie des « Ecritures » (ketubim) et pas des prophètes. Les Ecritures constituent la troisième et dernière partie de l’AT. Daniel y est placé entre Esther et Esdras. Daniel est écrit en partie en araméen (ch. 2, 4 à 7, 28). C’était la langue administrative des Babyloniens et des Perses. On peut expliquer cela du fait que Daniel a prophétisé principalement sur les nations païennes. Israël et Juda fait aussi l’objet de prophéties de Daniel tout en prenant peu de place. Le grand thème du livre de Daniel est bien connu. Ce sont les quatre puissances qui ont dominé l’histoire mondiale après la chute de Jérusalem. Cette domination durera jusqu’à l’apparition de Christ avant le règne de mille an. Le NT mentionne cette période comme étant le temps des nations (Luc 21, 24). Le Dieu des cieux et de la terre (Gen. 14, 19) est désormais le Dieu des cieux et c’est sous ce nom que Dieu est mentionné à quatre reprises dans Daniel qui le mentionne aussi une fois comme le roi des cieux et une fois comme le Seigneur des cieux. Pendant le temps des nations, Dieu remet le pouvoir entre les mains des nations païennes en attendant que Christ domine sur le monde.

Ce livre est utile pour les chrétiens du temps de la grâce car ce temps, pendant lequel l’Eglise se forme, est compris dans le temps des nations dans lesquels nous vivons actuellement. Ce qui est décrit dans le livre de Daniel est ainsi du plus profond intérêt. Ce livre comprend deux grandes divisions. Les chapitres 1 à 6 et 7 à 12. La première partie présente d’abord ce qui concerne un résidu fidèle puis la description des différents évènements historiques concernant la vie de Daniel avec l’interprétation de songes. La deuxième partie présente une nouvelle révélation à propos des quatre empires universels. Cette fois, sous un aspect divin. Le dernier chapitre forme la conclusion du livre et s’adresse au résidu fidèle.

Des relations évidentes existent entre Daniel et les révélations du NT touchant l’avenir. Matthieu ch. 24 et 25, ainsi que 2 Thessaloniciens ch. 1 et 2, et bien sûr l’Apocalypse, donnent un complément, resp une vue plus large des révélations que Daniel a reçu. Il faut considérer les prophéties dans leur ensemble pour comprendre sobrement et sûrement les événements futurs.

Ses particularités
Parmi les particularités de ce livre, mentionnons les septante semaines du ch. 9, 24 à 27 et l’histoire des quatre empires universels. Quelques notes:
Les septante semaines

Il y a des indications précises en rapport avec la venue du Messie. Ce sont des semaines d’années (cf Lév. 25, 8). Trois périodes s’y trouvent. D’abord sept semaines ou quarante-neuf ans, puis soixante-deux semaines ou quatre cent trente-quatre ans (49 + 434 = 483), et enfin une semaine ou sept ans, à savoir un total de 490 ans. Le point de départ a lieu lors de l’ordre de rebâtir Jérusalem, soit en 445 av. J.C., sous Artaxerxès (Néh. 2). Puis Daniel mentionne quarante-neuf ans pendant lesquels, non sans difficultés, Jérusalem fut rebâtie. Le récit se trouve en partie dans le livre de Néhémie. Puis la période suivante de soixante-deux semaines conduisent jusqu’au Messie…. avec son retranchement. Cela se rapporte donc à la mort et à l’ascension de Jésus Christ. Dans la prophétie, les années prophétiques comptent trois cent soixante jours ce qui fait un total de 173880 jours (483 x 360). En raison des années bissextiles, cela fait 476 années de calendrier et on arrive finalement à l’an 31/32 apr J.C.[1]
Quant à la dernière semaines d’années, elle n’est pas encore accomplie. Cette dernière semaine commencera après l’enlèvement des croyants de l’époque de l’Eglise qui constitue une parenthèse dans l’histoire prophétique. Selon Dan. 9, 27, elle sera divisée en deux et la deuxième moitié est mentionnée plusieurs fois et sous différentes formes dans l’Apocalypse (12, 14 à cf avec Dan. 7, 25; 11, 2; 13, 5; 11, 3; 12, 6). En partant du principe selon lequel il s’agit toujours de la même période de trois ans et demi, on admet que ces années prophétiques comportent douze fois trente jours soit trois cent soixante jours.

L’histoire des quatre empires universels

A cet égard, dans les ch. 2 et 7, le Dieu des cieux considère l’histoire du monde d’un autre point de vue que l’homme. Pour Dieu, Israël est le peuple le plus important de la terre (Deut. 32, 8 et 9) et le pays de la Palestine en est le centre ou le nombril de la terre (Ez. 38, 12). Mais en raison de ses infidélités, Israël est rejeté (Lo-Ammi) et Dieu voit l’histoire du monde comme la succession de quatre grands empires universels que sont Babylone, la Perse, la Grèce et Rome. En Dan. 2, ces empires paraissent sous la forme d’une statue qui est finalement anéantie par une pierre sans intervention humaine. Et en Dan. 7, le prophète reçoit une vision de la part de Dieu et décrit ces empires comme des bêtes féroces, sauvages, sans intelligence et qui, à la fin, subissent leur jugement. Dans ces ch. 2 et 7: Babylone est ainsi représentée par la tête d’or et le lion aux ailes d’aigles (voir ch. 2, 37 et 38). La Perse par la poitrine et les bras d’argent ainsi que par l’ours (voir ch. 5, 28 et 6, 1). La Grèce par le ventre et les cuisses d’airain ainsi que par le léopard (voir ch. 8, 20 et 21). Rome par les jambes de fer et les pieds de fer et d’argile ainsi que par une bête avec dix cornes (voir Apoc. 13, 1; 17, 3,7,12). Ce dernier empire était en place lors de la première venue de Christ puis elle a disparu au Moyen Age mais selon Apoc. 17, 8 elle renaîtra puis sera anéantie avec les autres nations avant le Millénium (Dan. 2, 44-45; 7, 11-14; Apoc. 13; 19, 19-21, etc).

Analyse succincte de son contenu

(à venir)


[1] Selon une source plus ancienne, l’ordre d’Artaxerxès fut donné en 445 av J.C. Si l’on soustrait 483 ans, on arrive à l’an 28 apr. J.C.

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